1er gag : une incapacité à préparer l’événement à peine croyable

Du 22 au 24 juin 1992, se déroule à  San Francisco le colloque franco-américain « Software R&D ». Il est organisé par l’Anvar (Paris) avec le concours de la Mission Scientifique Française de San Francisco. Le but consiste à présenter les innovations d’entreprises informatiques françaises aux Américains et de faire découvrir les leurs à des partenaires français potentiels, pour monter des joint ventures. L’Anvar paie 50 % du prix de l’avion, nous payons le reste du déplacement, qui dure 5 jours. J’y vais avec mon associé d’alors, qui parle anglais couramment et connaît San Francisco.

C’est simple à dire et simple à organiser mais les gens de l’Anvar, en dépit de leur permanente bonne volonté, vont transformer notre voyage en enfer à cause de leur incompétence crasse… Avant le départ, la plupart des fax que l’Anvar est censée nous adresser pour préparer et nous expliquer le voyage, pour nous indiquer les lieux et heures de RV à l’aéroport et nous informer des formalités, « s’égarent »… Et nous ne les recevrons jamais. Je dois pallier le défaut d’organisation en téléphonant à Paris et à San Francisco. Puis le fax portant le nom de deux entreprises américaines de San Jose désireuses de nous rencontrer, que l’Anvar prétend nous avoir envoyés, ne nous parvient pas non plus. J’ignore toujours leurs noms ! Le 2 juin, en dépit de nos multiples fax, coups de fil et courriers, la Mission de San Francisco nous informe qu’elle ne nous a réservé aucun avion faute d’avoir communication de notre venue !!! Elle nous demande de nous charger nous-mêmes de la réservation de notre avion. Du coup, nous allons voyager seuls, loin de nos confrères qui seront dans un autre avion. C’est bien ennuyeux : ils seront tous ensembles pendant 12 heures et je ne pourrai pas être avec eux pour discuter et tisser des liens avant de débarquer… Le 16 juin, 4 jours avant le départ, nous découvrons que la Mission Scientifique de San Francisco ne nous a pas non plus réservé de chambre à l’hôtel ! Elle prétend ne pas savoir quand nous arrivons ni quand nous partons, en dépit des fax qui le précisent, dont le dernier du 9 juin, et en dépit du fait que nous sommes censés partir et revenir en même temps que tout le monde ! Pour couronner le tout, toujours 4 jours avant le départ, la Mission nous adresse en catastrophe la fiche à remplir destinée à nous présenter aux américains qui nous attendent ! J’apprends qu’il est trop tard pour que nous soyons dans le prospectus présentant les entreprises françaises aux entreprises américaines ! Or, cette fiche, nous l’avions déjà remplie et adressée le 24 avril ! Furieux, je me dis que nous partons rencontrer des Américains qui ne sont même pas avertis de notre venue. Difficile dans ces conditions de voir arriver ceux qui s’intéressent à notre spécialité…

Avec tant d’efficacité, le dépliant imprimé pour les Américains ne porte pas trace de notre société (Arcane) et aucun d’entre eux ne demandera à  nous rencontrer… Voilà un voyage qui nous aura coûté cher !

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Prospectus Anvar San Francisco : pas d’Arcane, en dépit de notre inscription (payante) !

2ème gag : une organisation de l’évènement si stupide qu’elle annule tout intérêt au voyage

Une fois à San Francisco, le 22 juin 1992, nouveau gag ! Pour ouvrir les journées « Software R&D », nous devons d’abord souffrir d’un travers typiquement français (ou plutôt typiquement fonctionnaire français) : 2 heures de conférence, en anglais, par les responsables de l’Anvar et de la Mission scientifique française ! Parfaitement insipides ! Au bout d’une heure de ce verbiage, mon associé et moi, excédés, quittons la salle. Autant aller courageusement prospecter – sans rendez-vous – les grosses sociétés d’informatique californiennes avec notre voiture de location puisque l’Anvar n’a rien fait pour nous. Nous apprendrons par la suite que l’assistance nous a imités et que la salle s’est progressivement vidée avant que la conférence se termine ! Belle image de phraseurs que nous avons donnée là à nos amis américains !

Puis, le 23 juin, gag ultime démontrant l’incapacité de l’Anvar à réfléchir et aider qui que ce soit. La Mission a prévu cinq salles pour accueillir les rencontres entre Français et Américains. Dans l’une, les Français sont censés présenter leurs innovations aux Américains. Dans les autres, en même temps, les Américains sont censés présenter les leurs aux Français. Comme personne n’a le don d’ubiquité, chacun est obligé de faire un choix… L’américain ne peut à la fois présenter sa société à une assistance venue spécialement pour ça et assister à la présentation des sociétés françaises…  Il reste dans sa salle. Du coup, dans celle où nous présentons notre société, mon associé fait son exposé en anglais devant une dizaine de …Français ! Pas le moindre Américain ! J’apprendrai ensuite que dans une autre salle un Américain a fait sa présentation devant 3 Français et 12 Américains ! Dans les deux autres salles américaines, je ne sais pas ce qu’il s’y est passé, aucun français n’y étant allé… Jamais une telle connerie n’aurait été commise par un organisateur privé. Il faut vraiment le vivre pour le croire ! Tout cet argent fichu en l’air à l’autre bout de la planète par les rigolos de notre administration de « valorisation » de la recherche, ça m’a rendu malade ! Nous, chefs d’entreprises français, pendant que les administrations nous tirent dessus à boulets rouges et nous piquent notre fric, notre organisation doit être parfaite, sinon nous sommes morts… Les entreprises françaises présentes sont vertes de rage mais n’osent trop rien dire aux « organisateurs ».

3ème gag : refus de reconnaître l’échec, truquage et dissimulation 

Pour ma part, j’ai bien l’intention que cette boulette ne se reproduise pas l’année prochaine puisque l’Anvar a l’intention de recommencer. Il faut qu’elle prenne conscience de ses erreurs et les rectifie. Les organisateurs me promettent un débriefing à peine rentrés en France. Mais rien ne se passe… Le 10 juillet 1992, j’écris aux deux organisateurs, Jean-Claude Porée de l’Anvar Paris et Claude Moreau de la « Mission Scientifique » de San Francisco, pour m’étonner que l’Anvar n’ait prévu aucune date de débriefing sur ce voyage. J’en profite pour exprimer, sur 2 pages, les points positifs (il a fallu que j’en trouve !) et négatifs de ce voyage. Finalement, le débriefing a lieu, mais en novembre et à Paris ! Ce sera donc du réchauffé, voilà qui m’agace encore. Ayant des soucis plus contemporains en tête et comme c’est loin (pas de TGV à l’époque !), donc faute de temps, je ne m’y rends pas. De toute façon, j’ai déjà exprimé mes doléances par écrit. Le 23 novembre, Gilbert Santini, Directeur des Relations Internationales de l’Anvar, nous adresse enfin à tous le compte-rendu de la réunion sur les journées de juin à San Francisco. Apparemment, je ne suis pas le seul à n’avoir pas voulu perdre mon temps avec l’Anvar puisque 22 sociétés sur 25 manquaient à l’appel. Dans la liste des absents, en dépit de mon courrier de 2 pages,  je ne suis pas cité. D’ailleurs, elle ne cite que 3 absents sur les 20 qui ne sont pas venus. Décidément, difficile d’exister avec l’Anvar quand on est une PME innovante. Quant aux présents, ils sont au nombre de sept …dont 3 membres de l’Anvar et 1 de l’Inria, une autre administration. Reste 3 sociétés réellement présentes sur 25. Le rapport prétend alors en introduction que « la plupart des entreprises présentes sont satisfaites » ! Encore du mensonge et de la manipulation administrative ! Bien entendu, aucune de mes remarques, ni aucune de celles faites par les 22 sociétés absentes, ne sont citées dans les 3 pages du « rapport ». San Francisco avec l’Anvar, nous n’y sommes pas retournés l’année suivante, ni les années qui suivirent…

Bien que j’aie une légère tendance à la paranoïa – ce livre en témoigne… – je ne crois pas que cette mauvaise volonté fut délibérée dans le but de me nuire, à moi personnellement. L’Anvar Nantes et l’Anvar Paris ne communiquent pas. L’Anvar Paris m’a démontré par la suite (1992 je crois) qu’elle était prête à m’aider – en dépit de mon attaque dans Science et Vie – puisqu’elle a fait passer deux fois sur France Info une interview présentant ma technologie. Non, nous avons simplement été plus mal traités que les autres par pure incompétence, voilà tout.

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