Voici une anecdote amusante à propos du Club des Créateurs d’entreprises de Nantes, dont je suis le Secrétaire. Elle met en lumière les faiblesses de la démocratie telle qu’elle est conçue actuellement : la  soif de pouvoir, indissolublement liée à la notion de candidature. La démocratie, une organisation parfaitement artificielle que la vie réelle ne peut sanctionner ou récompenser, finit invariablement par promouvoir les médiocres, les seuls qui ont le temps de se consacrer à leur élection, avec tous les marchandages à la clé… Cette histoire est le signe annonciateur du putsch que je vais subir l’année suivante.

Un jour, lors d’une réunion du Bureau, je propose d’organiser un grand débat sur la création d’entreprises en Loire-Atlantique, auquel nous inviterons les décideurs locaux, dont nos élus. Je constate avec amusement – et soulagement – que, pour une fois, tout le monde est immédiatement d’accord et que je n’aurai pas beaucoup de travail à faire : tous sont candidats pour contacter et rencontrer les personnalités de la région de la part du Club… Tout heureux de tant de dynamisme retrouvé, je laisse faire… Je me contente de préparer les sujets à aborder, un exposé pour le Président et de vérifier que les choses avancent bien. Le jour du débat, j’arrive en avance dans une salle pour la première fois préparée sans moi. Et c’est le choc ! Sur une énorme estrade, je découvre une longue table ou des membres du Club sont déjà installés. Quelques places restent vacantes, mais aucune ne porte mon nom. Je suis tout de même le Secrétaire, que diable ! Par contre, le président et le trésorier ont leur place. Personne ne peut m’expliquer cet « oubli » et tout le monde s’en fiche… Je finis par me rendre compte que cette longue estrade réunit l’armée mexicaine des copains qui ont préparé la manifestation. Nombre d’entre eux sont des personnes que je ne connais quasiment pas ! Qui se rendent rarement ou jamais aux réunions du club. Il avait pourtant été convenu qu’il n’y aurait que trois personnes sur l’estrade : les 3 membres principaux du Bureau, Président, Secrétaire et Trésorier. Mis devant le fait accompli, je ne succombe pas à la tentation de virer tout ce monde et de remettre à la place les 3 membres du Bureau… J’assiste donc dans la salle, très humilié, à un débat auquel je ne peux pas participer. Des moqueries d’élus sur le Club demeurent sans réponse faute d’un esprit de répartie suffisant chez nos orateurs improvisés. Je souffre en silence. Quand le débat se termine, j’interroge la principale organisatrice, qui ne fait même pas partie du Bureau et que je ne connais pas : « Qu’est-ce qui t’a pris de ne pas me laisser une place sur l’estrade ? Pourquoi n’as-tu pas comme convenu laissé simplement trois places pour le Bureau sur l’estrade ? ». Très à l’aise, elle me répond : « On t’avait oublié ? Oh, excuse-nous. Mais ce n’est pas grave, on ne pouvait pas faire autrement. Ils avaient tous participé à l’organisation. Il fallait bien les remercier. Et toi tu n’as rien fait. Mais, tu vois, ça s’est bien déroulé ! ». Furieux de cette mauvaise foi, je ne peux que me taire, on est encore en public.

La leçon ? C’est que ça devait être sacrément vrai que j’écrasais les membres du Bureau de ma personnalité pour qu’ils me fassent un coup aussi pendable ! Ce jour-là, ils avaient réussi à se régaler d’une gloire à laquelle ma seule présence parmi eux aurait fait de l’ombre. Et, à y réfléchir, ils avaient bien raison… Si j’avais été là, c’est eux qui se seraient retrouvés dans la salle ! A y réfléchir, cette mésaventure était le coup de semonce annonciateur du putsch de l’année suivante, avec déjà tous les signes du désir mimétique : frustration, convoitise, usurpation de pouvoir, association de « malfaiteurs » contre un seul, conspiration, agression et anonymat. L’anonymat est la caractéristique constante de toutes les agressions que j’ai eu à subir dans ma vie. Je n’ai jamais connu de coup de semonce, l’adversaire ne m’a jamais prévenu ni averti, on ne m’a pas pris entre quatre yeux. L’aveu d’une conscience honteuse…

En tout cas, là où il y a du pouvoir à glaner, chez les médiocres il n’y a plus d’amis

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