Début 1998, je fais connaissance d’une jeune société spécialiste du développement de sites web : « Tableau de Bord ». Son patron vient d’Imaginet, la société française pionnière de la prestation Internet en France. J’obtiens avec lui la commande du développement d’un prototype de « Bureau de Douanes Virtuel » pour l’administration des « Douanes et Impôts Indirects ». Ce sera un service conversationnel par Internet, ma spécialité, destiné au citoyen français où qu’il réside dans le monde, qui lui permettra de connaître les droits de douane quand il a des biens à faire entrer en France. Le site remplira automatiquement les bordereaux et imprimés, calculera les droits de douanes et permettra de les payer. C’est évidemment une très bonne idée. Pour moi, elle ne présente qu’un défaut : je n’ai encore jamais vu une administration accepter une technologie permettant de réduire le nombre de fonctionnaires…

Début 1999, j’obtiens la commande du développement d’un prototype de « Bureau de Douane virtuel ». Si ce prototype fonctionne de façon satisfaisante, l’administration nous garantit, à Tableau de Bord et ma société Arcane, un gros marché derrière.  J’interviewe les experts des Douanes avec mon logiciel Maïeutica et commence le développement d’un Conversationnel prototype basé sur leur connaissance. La collaboration avec eux est bonne, je ne sens pas de réticence. Je me permets même de leur demander s’ils ne sont pas un peu ennuyés à l’idée de laisser un programme fournir en direct des renseignements jusqu’à présent fournis par des douaniers. Ils me répondent qu’ils sont accessibles au progrès comme tout le monde.

Le proto est donc développé, il tourne sur Internet et je suis payé sans problème. Comme nous avons fait la preuve que ma technologie fonctionne bien sur Internet, le contrat nous est théoriquement acquis. Hélas, après un mois d’attente, nous apprenons que les Douanes ne donnent pas suite à leur projet de Bureau de Douanes Virtuel… La raison est bien celle que je craignais : opposition très vive d’une « certaine catégorie de travailleurs » des douanes face à un logiciel capable de faire leur boulot. Service public, oui, mais à condition que ce ne soit pas le public qui bénéficie du service ! On retrouve là l’éternelle Loi de Parkinson : la motivation essentielle du fonctionnaire, soutenue par ses patrons, par les patrons de ses patrons jusqu’en haut de l’échelle, c’est d’augmenter son pouvoir en devenant lui-même patron, donc en embauchant des fonctionnaires qui seront sous ses ordres. Avec une telle motivation, pas question de laisser entrer un logiciel qui remplacerait des fonctionnaires ! Bien entendu, vous noterez que dans les calculs du fonctionnaire on ne trouve nulle part place pour le « service » public qu’il doit aux Français…

L’administration vient de financer une prestation de plus à perte. Il était couru d’avance qu’elle ne mènerait pas le contrat prévu jusqu’au bout… Mais ce n’est pas grave, ce n’est pas son argent, c’est le nôtre.

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