Concernant le fameux concours de l’innovation organisé par l’Essec et le Sénat auquel mon innovation a (peut-être…) été présentée, j’en découvre l’esprit purement politique quand j’en reçois un lauréat, M. Coulanjon, un sympathique et dynamique non-voyant niçois. Son projet a été sélectionné car il est aveugle et que, sûrement, ça fait bien dans le paysage. Après, on l’a laissé se débrouiller tout seul ! L’essentiel, c’était le beau geste devant les médias. En effet, M. Coulanjon n’a ni argent ni compétence informatique. Il n’a été retenu que pour une idée : celle de développer un site web pour les aveugles. C’est tout… Pas de maquette, pas de dossier définissant son projet, pas de technologie spécifique pour créer un site web purement vocal.

Ce qu’il aimerait réaliser, c’est un site offrant musiques, reportages vocaux pour aveugles, jolies histoires et messages personnels vocaux. Il sait comment animer son site mais pas comment le construire. Alors, ce niçois erre ça et là à la recherche d’une société d’informatique qui pourrait l’aider.

Un jour, il découvre mon existence et me demande d’utiliser ma technologie d’Intelligence Artificielle pour développer son site web. Il me le paiera avec le prix de l’innovation qu’il a gagné. Mais, quand j’apprends à combien se monte ce prix : environ 10 000 €, je déchante. On ne peut pas développer quelque chose d’opérationnel avec aussi peu… Il me rassure en disant que l’Anvar lui a promis de le financer jusqu’au bout, pourvu qu’un prototype de son site web vocal marche.Ce serait un geste spécial pour les gagnants du concours… J’en déduis que, pour que cette preuve soit faite, je dois développer un prototype révolutionnaire avec seulement 10 000 €… C’est ridicule. Mais j’accepte de jouer le jeu. Ce sera notre projet « Dorothée ». C’est alors que M. Coulanjon m’avoue que ce n’est pas gagné ! Nous ne sommes pas assurés d’avoir les 10 000 € ! Il faut d’abord présenter à l’Anvar Montpellier, sa ville, un projet innovant qui tienne debout. Résigné, je commence donc par redéfinir entièrement avec lui son projet, somme toute banal, pour en faire un projet réellement innovant. Ce sera un serveur web discutant oralement avec ses visiteurs. Pour la crédibilité technologique, je n’ai pas le choix, je suis obligé d’inclure ma société comme partenaire. Il part tout joyeux à Montepllier avec mon projet en poche. L’Anvar de là-bas ignore apparemment tout de ma mise à l’index à Nantes et lui accorde l’aide sans difficulté. Magique ! Nous développons alors pour lui un prototype de navigateur web exclusivement vocal, la fameuse « Dorothée ». L’usage de la souris y est proscrit, on navigue dans le site à l’aide de quelques touches du clavier, les textes sont lus vocalement par le site.

M. Coulanjon, ravi, retourne à Montpellier et montre sa Dorothée à l’Anvar, qui lui répond : « Ok, c’est bon. Maintenant, nous sommes prêts à continuer à vous aider, mais il faut que vous trouviez des capitaux. Nous vous donnerons autant que ce que vous apporterez. Mettez 100 000 € et on vous donnera 100 000 €. Mais si vous mettez zéro, bien entendu vous aurez zéro. » Quand il me raconte ça, je suis consterné ! Le fameux concours national de l’innovation, non content de repousser les innovations les plus prometteuses, non content d’accorder ses faveurs à ceux qui n’ont aucune technologie ni savoir-faire (M. Coulanjon), non content d’offrir un financement de départ minable, les laisse tomber dès qu’ils ont réussi à faire leur preuve !

Nous battons ensemble la campagne pour trouver des financements ou intéresser des partenaires, entre autres Sophia Antipolis puisque M. Coulanjon réside maintenant à Nice. Tout le monde se dit intéressé par l’aspect technologique ou le marché des handicapés mais personne ne met la main à la poche. Ceux qui avaient promis de le soutenir se retrouvent aux abonnés absents. L’Anvar ne fait rien, ne cherche pas d’investisseurs, ni de partenaires prêts à diffuser Dorothée, ne rappelle plus jamais M. Coulanjon. Les sociétés commercialisant des produits sur le marché des non-voyants (Ceciaa par exemple) ne lèvent pas le petit doigt. Finalement, le projet est enterré et notre non-voyant repart tristement avec son chien (d’aveugle) végéter à Nice… Son rêve est à l’eau.

C’est ça la France…

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