I – Joséphine, mon amour…

Mi-1986, j’ai donc trouvé ce que je cherchais : la Maïeutique. Je compte la mettre en œuvre pour développer « Joséphine », le système expert commandée par la Banque de Bretagne. Fidèle à l’esprit de la Maïeutique, j’embauche un non-informaticien et ami, Michel Le Seac’h, membre d’une association nantaise que j’ai fondée, le Cercle de Bretagne. C’est un jeune cadre de banque, adjoint au Secrétaire Général du CIO, non informaticien et intelligent. Il ignore tout de l’IA et c’est exactement ce que je veux. Je le forme rapidement à la Maïeutique et le présente aux experts de la Banque de Bretagne : Messieurs Prèteseille et Chefdeville. Avec eux, il boucle le travail en …3 mois. Avec un millier de règles, Joséphine est un des plus gros systèmes experts opérationnels jamais réalisés sur la planète, sans compter que les autres demandent des années d’informaticiens… En tout cas, c’est le premier système expert de l’histoire dialoguant directement avec les gens de la rue entrant dans la banque, et non avec des experts spécialement formés à l’utilisation du logiciel. C’est donc une belle réussite. J’ai fait la preuve irréfutable que l’IA a bien un avenir.

II – Un battage médiatique d’enfer organisé par la Banque de Bretagne

Consciente que Joséphine est une première mondiale grâce à la Maïeutique car c’est une IA développée par des non informaticiens utilisée par les clients en agence, la Banque de Bretagne mène un battage médiatique d’enfer. De nombreux journalistes viennent tester Joséphine. C’est la première fois qu’ils peuvent tester une intelligence artificielle ! Ils sont ravis. Les médias s’en emparent avec gourmandise et, début 1987, nous avons une quarantaine d’articles dans la presse (voir mon press book). Je suis invité partout en France pour présenter Joséphine et la Maïeutique. A cette époque l’IA était en perte de vitesse, les chercheurs et les médias ayant beaucoup promis et rien tenu. Le monde des entreprises était déçu. Joséphine est la bouffée d’air frais dans ce paysage morne. Elle fait rêver et redonne foi en l’IA et les progrès de l’informatique.

Je me dis que ça y est, ma société va décoller ! Je vais enfin avoir les moyens de mes ambitions. A Nantes, on va m’encenser. So naïf… Aucune publication scientifique française ne prend le relais. Aucun chercheur universitaire en intelligence artificielle – même de ma bonne ville de Nantes – ne prend contact avec moi ! Pas une demande de thèse des étudiants en IA sur la Maïeutique. C’est exactement comme si je n’existais pas pour la recherche et les institutions chargées d’aider la recherche française. Extraordinaire et triste. Cherchez « système-expert Joséphine » dans Google, vous constaterez que la quasi-totalité des références viennent de… moi ! En dépit de 40 articles de presse sur cette réalisation.

Ci-dessous deux articles parus sur Joséphine dans des revues très importantes en janvier 1987 : Les Echos et 01 Informatique. Mais rien sur le web… Cette partie d’histoire est occultée.

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